mercredi 10 septembre 2014

Cameroun – Alternance au pouvoir : Psychanalyse d’un insoutenable « tabou »

Depuis le début de la semaine, le journaliste Boris Bertolt a lancé, sur les réseaux sociaux, un débat sur le départ du président de la République du Cameroun (Paul Biya) et la question de l’alternance au pouvoir. Il se dégage des réactions suscitées par cette campagne cybernétique, un constat sans appel : le débat sur l’alternance au sommet de l’Etat reste une gigantesque muraille de verre. Chacun peut voir qu’il se posera fatalement. Mais, la question tétanise, horripile. Les réactions qui reviennent sans cesse sont les suivantes : « Laissez-le, il va finir par un partir un jour » ou « Vous voulez même que qui le remplace ? Je ne vois personne ». Si, après 32 ans de pouvoir et une situation économique qui se passe de commentaires, beaucoup de Camerounais préfèrent ne pas en parler et attendent « le moment venu pour voir », ce n’est pas tant qu’ils espèrent continuer avec le même régime ou le même président. Voir autant de personnes qui préfèrent attendre la mort d’un homme ou qui pensent que personne parmi les 20 autres millions de leurs compatriotes ne peut lui succéder est symptomatique d’un malaise. La phobie de l’après-Biya, que beaucoup de personnes espèrent la plus lointaine possible ne montre pas seulement une résignation. Cette anxiété collective s’explique par deux facteurs majeurs : d’une part, elle est le fait d’une sclérose politique dont a fini par s’accoutumer une population majoritairement jeune qui ne sait plus que le changement est possible. Le second facteur est pernicieux. Il est construit par l’ordre gouvernant qui a fini par convaincre des millions de personnes que le statu quo était la meilleure solution pour sa propre sécurité. Premier facteur : Une affaire de génération Aujourd’hui, la majorité de la population camerounaise est jeune. Elle n’a connu qu’un seul président. Pour elle, la fonction présidentielle se confond avec un homme : Paul Biya. Elle ne connait pas ce qu’on appelle une alternance, une passation de pouvoir. Pour elle, parler du départ du président de la République, c’est comme souhaiter que la foudre s’abatte sur le Cameroun. Les quelques rares jeunes qui osent se démarquer sont immédiatement taxés d’opposants. Normal. Au sein du parti au pouvoir, c’est presque suicidaire d’envisager un autre président national du parti, candidat statutaire a toutes les élections présidentielles. Là-bas, pour la plupart, les jeunes sont surtout utiles pour porter les tee-shirts à l’effigie du président national et acclamer les cadres lors des grandes manifestations politiques ou des fêtes populaires. Plus largement, dans le subconscient de la plupart des jeunes camerounais, il n’est pas rare d’entendre : « le Cameroun de Paul Biya », « le pouvoir de Paul Biya », « la place de Paul Biya », « le fauteuil de Paul Biya ». Il n’est pas rare de voir un passager voyageant de Yaoundé, la capitale politique, pour Douala se faire dire : « tu viens de chez Paul Biya à Yaoundé ? ». Ces petites phrases ne sont pas à négliger. Elles démontrent l’idée que, involontairement et dans l’esprit de plusieurs Camerounais, la fonction présidentielle est incrustée en la personne de Paul Biya. Les plus âgés ont l’habitude d’évoquer « l’époque d’Ahidjo ». Ahidjo, c’est le premier président du Cameroun. Parfois nostalgiques, parfois pour les simples besoin de comparaison, ils se rappellent qu’avant Paul Biya, il y a eu un président qui avait son style, ses méthodes et un bilan à lui. Mais il ne faut pas croire qu’ils ont plus de prédisposition à parler des questions d’alternance que leurs cadets. Pour les deux raisons suivantes. Non seulement le départ du pouvoir d’Ahmadou Ahidjo fut une totale surprise et beaucoup de personnes pensent qu’il a tenté de revenir. Mais en plus, avoir connu 2 présidents en plus de 60 ans n’est pas suffisant pour construire dans les esprits, l’idée que l’alternance est une routine politique banale. On est loin de l’Américain de la même génération qui a vu passer Carter, Reagan, Bush père, Clinton, Bush fils et pour qui, le départ de Barack Obama dans deux ans, rentre dans le cadre d’une simple routine. On est loin du Suisse de la même génération qui aura sans doute besoin d’un livre d’histoire pour dresser la liste des présidents confédéraux qui se sont succédés a la tête de la Suisse. Que ce soit pour le Camerounais des générations Ahidjo et Biya ou de la « génération Biya », un changement au sommet de l’Etat est un évènement si imprévisible et redoutable qu’il préféré s’en méfier. Deuxième facteur : Un peuple désabusé et victime de chantage Ce n’est pas tout. Les tenants du pouvoir ont travaillé à formater les esprits. Comprenant bien le traumatisme historique causé par la guerre d’indépendance ayant causé la mort des milliers des Camerounais, il a insidieusement distillé la peur et la menace de la guerre. A commencer le président de la République lui-même. Exemple, le 16 septembre 2011. Quand il clôture le congrès de son parti, en prélude a l’élection présidentielle qui se profile ; il sait que le contexte international (marque par les printemps arabes) ne lui est pas favorable. Dans plusieurs pays arabes, les jeunes sont sortis dans les rues pour protester contre les pouvoirs éternels et les injustices sociales. Alors, Paul Biya brandit à ses compatriotes la menace du chaos. « En effet, est-il possible d’hésiter ? La paix ou l’aventure ? La stabilité ou l’incertitude ? L’ordre ou le chaos ? Est-il envisageable de prendre le risque de remettre en question nos acquis, nos progrès et nos projets d’avenir ? » assène-t-il dans son discours. Effectivement, distiller la menace du chaos est une stratégie menée par Paul Biya et ses lieutenants, le présentant comme l’homme politique unique et indispensable pour maintenir le Cameroun en paix. Aujourd’hui directeur de publication du quotidien « Le Jour », Haman Mana résumait parfaitement cette logique dans une interview parue en 2004 dans le « Courrier International ». « Le pouvoir en place fait un chantage à la paix en rappelant sans cesse qu’avec lui le peuple camerounais n’a été qu’un spectateur des luttes fratricides qui déchirent l’Afrique. Alors que, sans lui, nul ne sait ce qui pourrait arriver. C’est la pierre angulaire du système. Il est vrai que l’argument est objectivement juste, mais son utilisation est pernicieuse. C’est une logique de conservation du pouvoir qui utilise les ressorts ethniques, le torpillage, la diabolisation ethnique et une espèce de saupoudrage des responsabilités étatiques » expliquait Haman Mana. « La paix », « la préservation de la paix », « Paul Biya, l’Homme de la paix ». Ce matraquage a été si violent et intensif que beaucoup de Camerounais ont fini par avoir peur de l’après-Biya. Ils voient en sa présidence, une mission chevaleresque et presque divine qui ne leur permet d’échapper aux convulsions politiques sociales qui secouent la majorité des pays du continent africain. Enfin, les tenants du pouvoir ont profité du contentieux historique et sanglant de lutte pour les indépendances pour distiller l’idée selon laquelle l’alternance au pouvoir est une volonté de la France et une pratique occidentale. Jouant sur la corde nationaliste, les agents du pouvoir essaient d’expliquer que le départ de Paul Biya est un vœu de la France (des connexions plus ou moins réelles entre les autorités françaises et des hommes politiques camerounais sont pavoisées dans la presse). Ce qui permet de fanatiser quelques Camerounais qui préfèrent se souder derrière l’actuel président par sentiment anti-français. Et surtout, pour ne pas que la France installe un autre président a la tête du Cameroun. Une recette qui fait visiblement mouche. La diabolisation de la France est devenue une activité quotidienne pour de nombreux Camerounais, reléguant aux oubliettes les problèmes de gouvernance interne. Pourtant, à 81 ans, la succession de Paul Biya, au pouvoir depuis 32 ans, se rapproche fatalement. "Évidemment, personne n'est éternel " avait-il reconnu en France. Pays dans lequel il tient la plupart de ses déclarations les plus importantes. Il vieillit, perd ses forces et ses facultés. Faire de sa succession un sujet tabou devient de plus en plus insoutenable. La guerre qui vient de commencer dans le Nord du pays soulève encore plus de tensions et de fantasmes. Elle révèle des fractures au sein même de son parti et la fragilité du pays. Bien sûr, tout cela lui permet de se positionner comme le sauveur. Mais, si le conflit au Nord perdure et que les lignes de fracture s’accentuent, il est possible que Paul Biya ne devienne lui-même la cause des troubles. Pour avoir refusé de dégager l’horizon. Pour avoir obstrué l’implacable logique qui place un pays au-delà d’un homme. Quel que soit son rôle. Paul Biya est-il devenu trop fatigué pour préserver la paix puisqu’il est l’Homme de la paix ? La paix va-t-elle voler en éclat des maintenant et jusqu’à ce que Paul Biya disparaisse et même après lui ? Quel que soit le cas, le débat sur la succession de Paul Biya va devenir indispensable…

vendredi 18 octobre 2013

MARAFA - KAMTO : LES NOUVEAUX METRONOMES...

Il ne faut pas être sorcier ou devin pour constater que le Cameroun suffoque. Ce pays là ploie sous le poids d’un leadership usé, sinon suranné. On n’y attend plus quasiment plus rien de neuf. Il y a là-bas, un jeu de scène calibré où les acteurs et le scénario sont toujours connus d’avance. Quand il y a des nominations, c’est pour qu’on rappelle un tel qui eût servi quelques années ou décennies plus tôt. Quand il y a une élection, on n’attend plus que le taux de participation. L’architecture du résultat étant déjà élaborée. C’est une République bloquée où ne s’alternent plus que des scandales de gouvernance et des crises de leadership dans le milieu du football, lui-même ankylosé par l’implication trop voyante du pouvoir politique. Un pouvoir qui ne sait plus quel laxatif offrir au peuple pour le purger de son indigestion politique. Mais..... Mais, depuis quelques mois, deux hommes ont commencé à s’imposer dans cette ambiance suffocante où le besoin d’un nouveau leadership et l’aspiration au changement sont urgents et pressants. Marafa Hamidou Yaya, ministre d’Etat et ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation ; et Maurice Kamto, ancien ministre délégué à la Justice font de plus en plus parler d’eux. Le sort a voulu que ces deux hommes là se côtoient pendant quelques années, appelés aux responsabilités par la Nation. Juriste et Ingénieur en pétrochimie, Kamto et Marafa serviront le Cameroun à leurs façons. Au-début des années 1990, quand l’ouverture politique s’impose, Marafa choisit de servir un régime qui ne tient plus qu’à un fil, au risque d’être balayé par le vent qui souffle un peu partout en Afrique. Maurice Kamto lui, s’illustre par une rare virulence. Les deux hommes prennent donc des chemins opposés. Si Kamto est la parfaite épouse de l’instant, Marafa prend le risque d’essuyer la défaite que dicte la soif du changement. Mais, Kamto va intégrer le collège d’avocats qui constituent la défense du Cameroun dans le procès qui oppose ce pays au Nigeria dans le conflit territorial à propos de la péninsule de Bakassi. La prestation de Kamto lui vaudra un poste dans le gouvernement camerounais en tant que ministre délégué auprès du ministre de la Justice. Marafa et Kamto auront donc l’occasion de se côtoyer dans ce banquet des responsabilités. Jusqu’à ce que l’après-Biya commence à devenir un sujet d’intérêt. Chacun choisira sa méthode. Marafa qui a été un proche collaborateur sait ce que cela coûte de démissionner. Il sait très bien ce qui est arrivé à Titus Edzoa qui, comme lui, a occupé le poste de secrétaire général de la présidence de la République. Il évite donc le coup d’éclat d’une démission même s’il se singularise en refusant de participer avec ses collègues du gouvernement aux dédicaces des éditions de « Paul Biya, l’appel du peuple ». Il n’hésite pas toutefois à donner des avis osés au chef de l’Etat et à mûrir ses réseaux dans la perspective d’une élection présidentielle où Paul Biya ne serait pas candidat. Ses dernières années dans le gouvernement seront rudes : les soupçons s’accumulent et les notes de renseignement pleuvent. Il est présenté comme le préféré des grandes puissances. L’homme qui veut déstabiliser le Cameroun pour prendre le pouvoir. Ses détracteurs se déchainent. Dans la presse, il est victime des accusations incendiaires. On le mêle aux histoires des mœurs. Un journal lié à un lobby qui le combat n’hésitera pas à déclarer qu’il est à la tête d’une armée de 6000 hommes. Marafa est harcelé. Il ne va craquer qu’en étant reçu par le directeur du cabinet civil de la présidence de la République, comme il le révèle dans l’une de ses lettres. Celui-ci lui demandera s’il a l’intention d’être candidat contre Paul Biya. Il va craquer et fera savoir qu’il ne veut plus être dans le prochain gouvernement. Quelques mois plus tard, malgré les nuances du même directeur du cabinet civil, Marafa sera débarqué. Avant d’être poursuivi et condamné, en l’absence de preuves, pour « coaction intellectuelle de détournement » des fonds publics. Un verdict historique ! Autant que le sont les motifs de sa condamnation. Le symbole de la démission Maurice Kamto lui, n’a pas les mêmes contraintes. Après tout, il n’a été que ministre délégué. Il n’est pas cadre du parti au pouvoir. Il n’a pas vraiment fréquenté Paul Biya qui ne le connait que de très loin. Il peut donc démissionner sans que cela n’apparaisse comme un défi pour le tout puissant président de Yaoundé. Même si, sa démission donnera lieu à des controverses. Il y a dans quelques salons feutrés, ceux qui évoquent l’idée d’une candidature suscitée par le pouvoir afin de casser les illusions de l’axe Nord-Sud. Et geler les certitudes de certains barons du Nord estimant qu’il est temps que le pouvoir leur revienne. Ainsi que l’aura révélé Wilieaks, rapportant les propos d’Amadou Ali : « Le Septentrion soutiendra Biya aussi longtemps qu’il voudra rester président, selon les prédictions d’Ali, mais n'accepterait pas un successeur qui soit un autre Béti/Bulu, ou un membre du groupe ethnique Bamiléké, aux puissantes assises économiques. ». Mais, comment ne pas relever les insinuations qui ont surgi plus tard et relayées par la "La lettre du continent" qui a alors écrit ceci : « la présidence camerounaise ne devrait pas hésiter à sortir les dossiers noirs pour tenter de neutraliser les ambitions de l'ancien ministre délégué. En poste auprès de l'ex garde des sceaux et actuel vice-premier ministre chargé des Relations avec le Parlement, Amadou Ali, Maurice Kamto a été, ces dernières années, l'artisan de la reforme de l'appareil judiciaire camerounaise. Or, cette dernière dotée d'un budget de quelque 60 milllions d'euros [39 millions fcfa, ndlr] a été pilotée de bout en bout par le Cabinet Brain Trust Consulting Inc., dont le Dg n'est autre que... Kamto lui-même! Un conflit d'intérêt que le palais d'Etoudi ne devrait pas tarder à agiter. » L'après-Biya.... Marafa – Kamto ? Il n’est pas improbable de les associer. Au contraire ! Depuis qu’ils sont sortis du gouvernement, l’un suite à un limogeage souhaitéée, l’autre suite à une démission ; ils ne cessent plus d’occuper une place de choix dans l’actualité politique camerounaise. Marafa Hamidou Yaya, depuis sa prison, a lancé son projet politique pour une « société de confiance ». Il s’est illustré par une série de lettres, une sortie médiatique dans le journal français "Le Monde" et une interview au journal en ligne "Slateafrique". Malgré la réprobation qu’il peut susciter pour avoir travaillé avec un Paul Biya dont l’échec est patent, Marafa suscite par ses lettres, un intérêt inédit dans la scène camerounaise. Entre ceux qui attendent de lui des révélations fracassantes sur le régime Biya et ceux qui préfèrent ausculter ses propositions souvent pertinentes, ils sont très nombreux qui frissonnent d’impatience de le lire, quand ses lettres qui sont annoncées. Pourquoi ne pas citer ici, François Soudan, : « il est indéniable que cet homme est l'un des très rares politiciens camerounais à réfléchir sereinement sur la problématique taboue de l'après-Biya en posant les vraies questions : celles de la transition démographique, du post-pétrole, des crispations identitaires, de la légitimité des institutions, de la fin de l'immobilisme et de l'avènement de cette "société de confiance" qu'il appelle de ses vœux. » Qu’il soit donc aimé ou pas, Marafa est devenu un métronome de la société camerounaise. Quand il prend sa plume, les médias se mettent en alerte et les Camerounais en débattent. Certains attendant avec impatience ses lettres mais refusant de débattre du contenu sous le prétexte qu’il aura été ministre et proche collaborateur de Paul Biya. D’autres, profitant de ses propositions pour s’équiper des outils intellectuels et des arguments politiques pour un Cameroun qui évolue résolument vers un ère du débat d’idées et de la confrontation des cerveaux. Pour ce Cameroun là, transcendant les passions et les accolades familières. Marafa est sans doute près. Près à débattre, à proposer, à discuter. Que ce serait passionnant de voir un homme d’une telle expérience sur un plateau de télé ! Confronter ses vues avec les hommes de sa trempe, loin des émotions et des intrigues. Seule certitude, Marafa est devenu un métronome. Ses sorties rythment désormais l’actualité politique au Cameroun. L'avenir.... Il y a aussi MK. Depuis qu’il est devenu président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto est devenu une véritable coqueluche. Son aura, il faut avouer qu’il reste l’un des rares camerounais ayant gravité autour des gouvernements de Biya qui bénéficie encore d’un zeste de crédibilité, lui permettant aujourd’hui de parler avec autorité. Il n’a peut-être pas le charisme et l’expérience de l’autre métronome qu’est Marafa ; mais il reste qu’il est devenu une obsession pour bon nombre de politiciens au pouvoir qui ne rêvent que l’éteindre politiquement. Il a perdu un siège de député à l’Assemblée nationale. Il conduisait une liste dans le département du Mfoundi (principal département de la capitale politique du Cameroun). Cette défaite permettra à ses détracteurs de minimiser son importance politique. Mais, Maurice Kamto s’est imposé comme la star des dernières élections législatives. Il a osé briguer la capitale du Cameroun quand, par le passé, la plupart des opposants préféraient se replier dans leurs fiefs électoraux et ethniques. Son parti est désormais représenté à l’assemblée nationale même si son entrée en matière n’a rien du succès de certains des partis d’opposition en 1992, par rapport à leur première participation. Enfin, Maurice Kamto vient de poser un acte dont la symbolique aura un écho chez une bonne partie de l’opinion camerounaise. Il s’est fait filmer, les pieds dans les eaux d’une inondation, pour aller remercier les populations qui ont voté pour son parti. Il y a quelque chose de féérique et d’unique dans cette image. Maurice Kamto ne sera plus jamais un politique comme les autres. Comme Marafa, il est devenu, un métronome de la société politique camerounaise. Des milliers de personnes n’oublieront jamais cette image. Même si elle intervient trop tôt, parce que d’ici la prochaine présidentielle, qui peut intervenir dans 3 mois ou dans 3 ans, beaucoup de choses se seront passées. Oui, Marafa et Kamto sont les nouveaux métronomes. Marafa, autrefois puissant ministre aura appris à connaitre le Cameroun d’en bas. Le Cameroun du Camerounais ordinaire qui peut être condamné pour des raisons loufoques et gardé en prison. Oui, Maurice Kamto aura mesuré l’injustice d’une campagne injuste où l’on n’a que les moyens de sa foi et où l’on a en face, ceux à qui appartient le Cameroun, ses moyens matériels, administratifs et financiers. Marafa ne sera plus le même homme après sa défaite judiciaire fabriquée et après son séjour carcéral. Quand à Maurice Kamto, qu’importe ce qu’il sera devenu, dans quelle voiture il roulera ou dans quel duplex il passera ses nuits après avoir partagé la dure existence des Camerounais ordinaires un certain jour. Il est désormais surveillé, mieux, épié par de nombreux compatriotes qui attendent de voir ce qu’il peut apporter de nouveau au-delà des slogans et des symboles. Les Camerounais regardent Marafa et Kamto comme on regarde un attaquant d’une équipe de football. Qu’ils marquent des buts. Chacun autant qu’il peut. L’avenir est devant. Mais, il n’attend pas. Chacun doit jouer son rôle. Il n’y aura jamais deux présidents de la République. Et, finalement, pourquoi ne pas citer James Freeman Clarke qui disait : « La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération. » Quand bien même ils n’accéderaient pas au pouvoir, les deux métronomes, sinon l’un des deux, doit montrer qu’il n’aura pas existé politiquement que pour jouir du pouvoir. Mais pour promouvoir un idéal politique. Sait-on jamais dans ce monde si incertain de la politique….

mercredi 19 juin 2013

FECAFOOT - IYA MOHAMED - GUERRE DES CLANS - L'APRES BIYA S'ASSOMBIT DAVANTAGE !!!

Je ne suis pas particulièrement fan de Iya Mohamed. Je n'ai pas pris position en sa faveur depuis le déclencement de cette affaire digne d'un thriller ! Je constate que malgré les menaces judiciaires et la tourmente, il a été réélu avec 97 voix sur 98. Ce plébiscite est sans aucun doute dicté par une solidarité prébendière. Comme partout dans le monde du football (CAF, FIFA...). Mais il ne s'agit pas de ça. Je remarque surtout que Paul Biya étale encore un peu plus son incompétence dans cette histoire. Voilà donc un chef d'Etat qui jette un homme à la vindicte en ne prenant même pas l'acte le plus basique que lui autorise sa fonction : la nomination. En effet ! L'on affirme que Iya Mohamed est derrière les barreaux pour avoir fait perdre plusieurs milliards de francs Cfa à la société de développement du coton. Plusieurs jours après son arrestation, il reste officiellement directeur général de la Sodecoton. On n'a même pas pris le soin élémentaire de le décharger. Ce qui compte, c'est le "mettre hors d'état de nuire" à la fédération camerounaise de football. Parlant justement de le "mettre hors d'état de nuire", c'est l'opération Epervier et la lutte contre la corruption qui s'en trouvent discréditées ! Dans les jours qui viennent, Iya Mohamed sera peut-être condamné à une peine de prison à vie ou à la peine de mort. Mais, ça ne compte plus vraiment. C'est tout un gouvernement et tout un pays qui vont se couvrir de ridicule !!! Les conseillers du vieux président l'ont induit en erreur (ce qui me rappelle les propos de Marafa Hamidou Yaya, affirmant que Paul Biya prendrait de plus en plus de mauvaises décisions...). On aurait du laisser Iya être élu normalement et instrumentaliser la justice plus tard pour le faire arrêter. Non seulement, le lien avec la fécafoot n'aurait pas été établi de façon aussi flagrante mais l'opération Epervier aurait encore gardé le zeste de crédibilité qu'il lui restait.Pour s'être grossièrement impliqué , le gouvernement de Paul Biya conduira peut-être le Cameroun vers une suspension des compétitions de la Fifa alors que le pays était sur le point de se qualifier pour la coupe du monde du football qui aura lieu au Brésil en 2014. Arrêter Iya au lendemain d'une défaite des lions était une décision épidermique et idiote ! Il faut le dire !!!! Et Marafa avait raison de dire qu'il ne reconnait plus ce président là....Lui qui réagit rarement sous le coup de l'émotion... Combien de temps va-t-on encore distraire les Camerounais avec les arrestations spectaculaires et le football ? Plus de 25 000 Brésiliens sont descendus hier dans les rues pour dénoncer les sommes faramineuses consacrées à l'organisation de la coupe du monde de football. Cela peut-il nous servir de leçon au moment où l'on annonce la volonté du gouvernement d'organiser une coupe d'Afrique des Nations vers 2019 (quand Paul Biya aurait réussi un autre passage en force ?) pour distraire encore les Camerounais ? Au-delà de tout le cirque, faut-il applaudir parce qu'un ennemi est condamné par une justice commandée et commanditée ? Jusqu'où iront les règlements de compte au Cameroun ? Les Gregoire Owona, Mbarga Mboa et autres que des journaux présentent comme les comploteurs, ne vont-ils pas subir demain la répression vengeresse d'autres autorités au pouvoir ? Des questions ! Des questions ! Des questions qui montrent bien qu'après plus de 30 ans d'un règne désastreux sur le plan économique, on n'a peut-être pas touché le fond et que les guerres de clans peuvent davantage détruire le pays !!! En effet, c'est celui qui va contrôler le pouvoir central qui aura la possibilité de régler les comptes. Si c'est tel clan qui arrive au pouvoir, il pourra régler les comptes de tel autre clan. Et vice-versa !!! On n'est peut-être pas sorti de l'auberge. On vient même d'y entrer....

lundi 6 mai 2013

Paul Biya, la libération des otages français et les faux-semblants d'un coup de poker diplomatique

La libération des sept otages français enlevés dans l’Extrême-Nord du Cameroun est peut-être un coup de poker diplomatique pour Paul Biya. Mais, il ne lui garantit ni une meilleure popularité à l’intérieur de son pays, ni même la grâce de Paris qu’il désire tant. Si c’était un thriller, « l’affaire Dabanga » pour l’appeler ainsi, aurait connu le dénouement que l’on souhaite toujours après tout le suspens et les frayeurs. Mais, il faut se le dire, ce thriller là aurait manqué de piquant et d’intensité. Tant il est vrai qu’il n’y a pas vraiment eu de suspens. Il était évident que Yaoundé céderait facilement. Evidemment, ce n’était pas un thriller. C’était la vie de sept hommes, femmes et enfants qui étaient en jeu. En chair et en os. Le moindre dérapage aurait mis fin à leurs jours. Il a donc fallu négocier. Quitte à céder au chantage des ravisseurs. Dans cette optique, il est certain que les autorités camerounaises ont cédé. C’est sûr, des prisonniers de Boko Haram, détenus au Cameroun, ont été libérés. C’est aussi possible qu’une rançon ait été payée. Pour Paul Biya, c’était là en tout cas l’occasion de tenter un coup de poker. Même si les otages se trouvaient au Nigéria, il a décidé de prendre les devants, de tout mettre en œuvre pour obtenir la libération de ces otages. Dans l’espoir évident qu’une issue heureuse permettrait de réchauffer ses relations avec l’Elysée. Si l’on en croit les premiers échos, le président camerounais de 80 ans, au pouvoir depuis 31 ans, est en train d’engranger les premiers bénéfices de ce dénouement. François Hollande a publiquement eu une « pensée particulière pour le président Biya, qui dans ces derniers jours a eu un rôle important ». En outre l’Agence France Presse (AFP), mamelle nourricière de la plupart des journaux français, a été sans équivoque. « Le président Biya est conforté par la libération des otages français ». Et comme il fallait s’y attendre, des partisans et griots du pouvoir de Yaoundé se sont rués dans les médias officiels pour lui adresser des motions de soutien. Certains de ces griots ont même souhaité qu’il lui adressé un prix nobel de la paix pour cette libération « pacifique ». Un tintamarre obséquieux comme on en a l’habitude dans les Républiques comme celle du Cameroun. Engagement à double vitesse Il faut cependant se garder, du moins pour l’instant, de croire que le bénéfice est aussi évident qu’il en a l’air. D’abord sur le plan national. Des interrogations soulevées ça et là par des compatriotes atténuent sans aucun doute le triomphalisme des zélateurs du « Renouveau ». Il y en a qui se demandent par exemple si la quasi soumission des autorités de Yaoundé n’est pas de nature à encourager les ravisseurs. Les membres de Boko Haram ne vont-ils pas opérer au Cameroun et faire chanter les autorités chaque fois qu’ils auront des revendications ? Chaque fois que leurs caisses seront vides ? Les membres de la secte qui ont été libérés ne sont-ils pas dangereux pour l’avenir ? Y a-t-il eu versement de rançons ? Si oui, combien et pourquoi a-t-il fallu que ce soit le Cameroun qui paye la note ? Cet argent n’aurait-il pas mieux servi à désenclaver cette région du pays et spécialement cette zone ? Des questions qui ne manquent pas de pertinence. Autre motif de désaffection pour certains Camerounais : la trop grande attention accordée à ces otages français. L’on sait maintenant que régulièrement, Paul Biya et Laurent Fabius s’entretenaient régulièrement au téléphone pour faire le point de la situation. Après la libération de la famille Moulin-Fournier, c’est un communiqué de la présidence de la République qui a rendu publique la nouvelle. L’investissement personnel du chef de l’Etat dans cette affaire est un argument supplémentaire pour ceux qui ne cessent de clamer que le président camerounais n’est qu’un suppôt de la France. Faut-il rappeler qu’au Cameroun, de nombreux cas de disparitions et de meurtres restent non élucidés dans l’indifférence des autorités ? Vanessa Tchatchou, une adolescente de 17 ans, a perdu son bébé dans un hôpital de Yaoundé. On n’a pas vu les autorités se déployer avec la même énergie pour retrouver cet enfant qui serait vivant et retenu par une magistrate. En 2001, 9 jeunes camerounais sont portés disparus à Bépanda, dans la capitale économique du Cameroun. Ils avaient été interpellés par les forces de l’ordre suite à une plainte pour vol d'une bouteille de gaz domestique. Ça fait 12 ans, on ne sait toujours pas ce qu’ils sont devenus. En 2006, un jeune homme dénommé Narcisse Olivier Djomo Pokam a été assassiné et balancé d’un hôtel de luxe en plein cœur de Yaoundé. Sa famille n’a jamais su et ne saura peut-être jamais la vérité sur cette affaire. Les assassins circulent librement au Cameroun. Tout comme les commanditaires d’une série de crimes rituels qui ont endeuillé une dizaine de familles début 2013 à Yaoundé. Les enquêtes de police ont été ouvertes. Quelques personnes ont été arrêtées mais, ceux qui ont commandité les meurtres courent toujours. Enfin, et pour n’en rester que là, comment ne pas rappeler que depuis plus de deux ans, un Camerounais dénommé Tchamba Ngassam Melvin est porté disparu au Congo Brazzaville (dans la nuit du 07 au 08 avril 2011). Malgré les suppliques de sa famille, les nombreuses conférences de presse et des correspondances adressées aux autorités, camerounaises, l’on n’a pas un début de répondre sur son sort. Hélas ! Il n’est que Camerounais ! Ces cas parmi tant d’autres montrent bien que le pouvoir de Yaoundé n’est pas toujours prêt à la même diligence quand il s’agit de la vie de ses propres compatriotes. Malgré donc les motions de soutiens signées pour féliciter Paul Biya de la libération des otages français, le sentiment profond du peuple camerounais n’est peut-être pas unanimement celui que l’on veut faire croire. Avec Paris, rien n’est jamais sûr… Paris se félicite certes du rôle joué par Paul Biya dans l’affaire. Mais, cela ne signifie pas pour autant que le régime de Yaoundé est devenu tout d’un coup démocratique et fréquentable. Il faut bien rappeler que c’est la libération de cinq infirmières bulgares et d’un médecin palestinien en Libye en 2007 qui avait signé le retour de Mouammar Kadhafi sur la scène internationale. Cela n’a pas empêché que 4 ans plus tard, les relations entre Kadhafi et les principales puissances se dégradent rapidement après le soulèvement d’une partie du peuple libyen. C’est même Paris qui a été à la pointe de l’offensive internationale qui a permis de traquer le guide libyen jusque dans le tunnel crasseux d’où il était terré au moment de son arrestation. Comment ne pas également rappeler qu’en 2007, pour ne pas s’embarrasser des colères de Paris, Idriss Déby avait décidé de rapatrier en France les fondateurs de l’arche de Zoé qui tentaient de voler et d’embarquer des enfants du Tchad vers la France. Malgré cela, la France a laissé progressé la rébellion jusqu’aux portes du palais présidentiel quelques mois plus tard. Il faut donc rester lucide et considérer que les propos aimables de François Hollande sont purement émotionnels et circonstanciels. Entre le Cameroun et la France, les questions qui fâchent restent en suspens : la détention du Français Thierry Michel Atangana, l’extrême longévité de Paul Biya au pouvoir, la perte de vitesse des entreprises françaises au Cameroun, etc. Qu’on le veuille ou pas, Paul Biya n’est pas Macky Sall, il n’est pas Yayi Boni, il n’est pas Alassane Ouattara. Pour beaucoup de politiques et observateurs français, c’est un ami d’hier qui, en raison de son âge et de son très long règne, est appelé à partir bientôt. Et, il vaut mieux déjà penser à l’avenir…..

samedi 6 avril 2013

RCA : Empêcher Djotodia de se cramponner au pouvoir

Sous la présidence du Tchad, les chefs d’Etat d’Afrique centrale ont proposé d’écourter la transition. Ce sera 18 mois. Pas plus ! Le récent sommet de la Communauté économique des États d'Afrique centrale (Ceeac) a demandé la formation d’un « collège » de transition, sur la base d’une élection « par les forces vives de la nation », avec à sa tête un président qui serait élu pour une période qui « ne doit pas excéder 18 mois ». Il est à peu près certain que Michel Djotodia présidera ce collège de transition. Il a déjà annoncé cette intention. « Je demande à Dieu tout-puissant de me donner la force et l'intelligence à moi et mon Premier ministre (...) de bien gérer la Centrafrique pendant les trois ans à venir. Nous allons remettre le pouvoir à celui qui viendra nous succéder ». Sauf si, souhaitant être candidat à la prochaine élection, il décide de laisser cette responsabilité à quelqu’un d’autre. Le format de ce type de transition ne permettant généralement pas à celui qui tient les rennes d’être candidat. Mais il reste à savoir si le nouvel homme fort de Bangui prendra ce risque. Il s’agit en effet d’un risque. S’il décidait de céder – même provisoirement – le fauteuil à quelqu’un d’autre, il n’est pas certain que cette personne résiste longtemps à la tentation et à l’ivresse du pouvoir. Ce n’est pas tous les jours qu’un attelage du type Poutine-Medvedev fonctionne. Ce n’est pas non plus tout le monde qui renonce au pouvoir et accepte de se plier à l’autorité de son successeur. Le pouvoir, avons-nous souvent coutume de dire, est l’une des drogues les plus puissantes au monde. Pour réussir la transition, il faut donc déjà que la pression se fasse avec suffisamment de fermeté sur Michel Djotodia. Certes, il a déclaré : « Nous allons remettre le pouvoir à celui qui viendra nous succéder ». Mais, combien de fois a-t-on entendu des putschistes le dire, avant de se dédire ? Combien de fois a-t-on vu nos chefs d’Etat africains annoncer qu’ils ne modifieront pas la constitution pour s’éterniser au pouvoir mais, ont fini par le faire ? Preuve que Michel Djotodia a bien eu l’intention d’y rester un instant, il a annoncé qu’il allait renégocier certains contrats miniers signés sous l’ère Bozizé. Quand on vient au pouvoir pour restaurer la démocratie, dans une période de transition, on se préoccupe d’abord de réorganiser les institutions et les lois qui vont générer un pouvoir consensuel et crédible. Mais, quand on commence à parler des contrats sur les ressources du pays alors même que les cadavres des victimes du coup d’Etat jonchent encore les rues, c’est inquiétant ! Il faut donc tenir un langage de fermeté à Djotodia. S’il veut, il peut être candidat à l’occasion d’une prochaine élection présidentielle. Mais, ça ne doit pas être tout de suite. Ceci étant dit, il ne faut pas se faire d’illusions. En ce moment à Bangui, c’est lui le boss. Avec plusieurs milliers d’hommes acquis à sa cause, il pèse lourd. C’est pourquoi, il est nécessaire que ce soit lui qui gère la transition. Le temps fera son effet. L’usure s’imposera. Ses partisans civils comprendront bien qu’il n’a pas de baguette magique pour améliorer les conditions de vie de tout le monde. Ses soutiens militaires se rendront bien compte que le gâteau national ne peut satisfaire à satiété tout le monde. Surtout dans un pays qui ne pourra pas – pour le moment en tout cas – tenir longtemps sans perfusion internationale. Cela est nécessaire. Ce n’est pas simplement pour des besoins de cosmétique démocratique. C’est aussi pour l’intérêt de la Centrafrique qui doit rompre avec ce cycle maléfique de coups d’Etat en permanence. Empêcher Djotodia de se cramponner au pouvoir, c’est dire à tous les futurs putschistes que même quand ils parviennent à s’emparer du fauteuil présidentiel, ils n’ont aucune garantie qu’ils pourront le conserver. L’Afrique n’a plus besoin des scènes rocambolesques des gens qui peuvent débarquer dans des capitales à bord des engins militaires et s’autoproclamer présidents. Pour cela, il faut donc leur envoyer des signaux. Et, l’on a une belle occasion en Centrafrique. Evidemment, ceux des présidents en fonction ne doivent pas s’imaginer qu’ils peuvent se cramponner au pouvoir et bénéficier éternellement de l’indifférence des peuples. En politique souvent, les conflits peuvent s’avérer nécessaires pour réguler l’ordre gouvernant. Beaucoup parmi eux le savent. Chacun sait comment il est arrivé au pouvoir et comment il fait pour y rester.

mardi 2 avril 2013

Idriss Déby, nouveau patron de l’Afrique Centrale ?

Depuis la mort de l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba, la sous-région Afrique Centrale se cherche toujours un leader. Mais, il apparait de plus en que le président tchadien, Idriss Déby Itno, est en train d’endosser le costume du feu Omar. C’est du moins l’impression qui se dégage des récents événements en République Centrafricaine. En effet, pendant les négociations entre la Séléka et l’ancien gouvernement de François Bozizé, le Tchad a joué un rôle de premier plan. Selon des indiscrétions, l’influence de Déby aura été décisive pour convaincre Bozizé de faire des concessions. Par exemple, de renoncer à un nouveau mandat en 2016. En outre, il faut bien dire que les hommes de François Djotodia ne seraient probablement pas entrés dans la capitale du pays si les soldats tchadiens et, plus largement, ceux de la FOMAC s’y étaient fermement opposés. Selon RFI, « Quand la Seleka a lancé sa première offensive sur Bangui, en décembre, les militaires tchadiens étaient intervenus. Principe de précaution, Ndjamena soupçonnait Michel Djotodia d'entretenir de bonnes relations avec la rébellion tchadienne. Mais dès janvier, le régime tchadien avait obtenu des chefs de la Seleka l'assurance que Bangui ne deviendrait pas la base arrière des opposants à Idriss Déby. Ce qui explique aussi pourquoi cette fois, les militaires tchadiens sont restés l'arme au pied ». Qui a donc décidé de lâcher Bozizé ? Certains observateurs, peut-être un peu trop obnubilés par le rôle historique de la France en Afrique, ont tôt fait d’y voir la main des autorités de Paris. Mais, objectivement, qui mieux que Déby, parrain reconnu de Bozizé depuis 2003, aurait pu influencer de façon décisive le cours des événements ? Pas l’Afrique du Sud en tout cas. Les tentations hégémoniques de Jacob Zuma (qui a réussi à imposer son ex-épouse à la présidence de la Commission de l’Union Africaine) et le déploiement des troupes sud-africaines à Bangui, n’a rien fait d’autre que d’irriter Déby et certains de ses pairs d’Afrique centrale. François Bozizé a commis l’irréparable erreur de croire que l’Afrique du Sud avait bétonné son pouvoir. Il en sort humilié, Jacob Zuma en sort fragilisé et, c’est Déby qui peut trinquer. En effet, plusieurs analystes politiques de l’Afrique centrale observent que le président tchadien vient de montrer qu’il avait l’étoffe pour assumer le vide laissé par Omar Bongo. En tout cas, voici ce que pense le Camerounais Shanda Tonme, écrivain et éditorialiste. « Je constate que c'est le Tchad qui joue les premiers rôles dans la sous région et qui projette une influence décisive sur les grandes questions. Nous (Cameroun, Ndlr) sommes totalement absents. Non seulement nous ne disposons plus de moyens logistiques conséquents pour un tel rôle, équipements militaires, troupes entraînés et bien équipés, stratèges conséquents, mais plus grave, la volonté humaine et psychologique est absente ». De fait, il faut dire que tout cela n’est pas pour déplaire aux grandes puissances. Au moment où les Etats s’émancipent de plus en plus, les grandes puissances ont besoin des blocs régionaux qui soient assez fédérateurs et représentatifs. Quand ils y trouvent des interlocuteurs, il leur est plus facile d’agir discrètement. Sans heurter les sensibilités nationalistes qui peuvent se manifester ça et là. Un schéma parfait pour les autorités françaises qui n’ont plus d’autre choix que d’afficher – ne sait-que par convenance – leur volonté d’en finir avec la françafrique. Heureuse coïncidence de l’histoire, au-même moment, le Tchad est en train de réaliser des prouesses militaires au Mali. Ce qui ne fait rien d’autre que renforcer son prestige diplomatique. Déby peut-il en être fier ? Oui évidemment ! Le Tchad s’affirme de plus en plus comme une puissance en Afrique. Et améliore son image, laissant derrière lui les tristes souvenirs d’un pays chroniquement en guerre, avec son cortège de morts. D’un point de vue personnel, Déby devient sans aucun doute un interlocuteur privilégié des grandes puissances en Afrique centrale. A l’image de Blaise Compaoré en Afrique de l’Ouest. Le président tchadien peut donc envisager le fait que son pouvoir sera plus stable. Mais, pour cela, il faudra aussi qu’il serve lui-même d’exemple car, c’est tout le monde qui va désormais l’observer. Tout un challenge !

mercredi 27 février 2013

Bâchir, reviens vite !

Le président de la République, Idriss Déby Itno, a décidé de se débarrasser de son ministre en charge de la sécurité publique et de l’Immigration : Ahmat Mahamat Bâchir. Cette décision, ayant abouti à un léger réaménagement du gouvernement, découle d’une autre : la suspension de l’ensemble de la police dans le but de procéder au toilettage de son personnel. Même si la suspension de la police a été décidée par un acte présidentiel (il ne pouvait en être autrement pour un acte d’une telle gravité), il est extrêmement difficile de ne pas y voir le touche personnelle de ce ministre pas comme les autres. C’est certain, le « superflic » a joué un rôle dans cette affaire. Savait-il seulement qu’il serait emporté par la bourrasque ? Probablement pas ! L’increvable baroudeur, dans les colonnes de votre journal, ne se privait pas, quelques jours seulement avant sa chute, à mettre en garde policiers et criminels du 3ème arrondissement. Il faut reconnaitre que ce personnage atypique manquera au décor du gouvernement. Tant son style, ses méthodes et son bagout étaient des plus singuliers. Avec son verbe tranchant et brutal, adepte des méthodes spectaculaires, toujours à l’affût des coups d’éclat et ne reculant jamais devant la levée de boucliers que pouvait susciter ses décisions, Bâchir était devenu l’homme de scène du régime Déby. Le tenait-on en affection ou, le haïssait-on vraiment ? Le temps le dira. Toujours est-il que dans le décor froid, raide et protocolaire qui est celui de la très haute administration, Bâchir a laissé son emprunte. A N’Djaména, c’est quasiment chacun qui avait un qualificatif pour lui. « Le fou du roi », le « superflic », le « supervoyou », etc. Hommes politiques, journalistes, détracteurs, citoyens ordinaires ; c’est chacun qui s’amusait de ses « bâchirades ». Eh oui ! Il aura même fallu trouver un néologisme qui puisse coller à la peau de l’homme à la barbiche poivre et sel. Quand il ne traitait pas ses administrés de « voyous », quand il n’annonçait pas le « châtiment » de telles ou telles autres catégories de personnes qui s’opposaient à ses mesures, quand il ne menaçait pas les adversaires du président Déby de le « trouver sur son chemin », il trouvait toujours les mots, avec un remarquable sens de la formule, pour provoquer les « bandits » et autres mécontents. Outre le verbe mordant dont il avait seul le secret, Bâchir savait se mettre sous les projecteurs de l’actualité en prenant des mesures, souvent impopulaires, qui selon lui étaient salutaires. Il s’obstinait à penser que le port du casque devait être obligatoire pour les passagers des clandos, quand bien même des maladies comme la teigne pouvaient se transmettre de passagers en passagers. Bâchir s’obstinait à penser que les blanchisseurs de fortune - enfants déshérités pour la plupart – qui faisaient la lessive autour du fleuve Chari et Logone, n’avaient qu’à mieux s’organiser. En ce qui concerne les pêcheurs qui menaient leurs activités dans le fleuve Chari, ils les qualifiaient souvent de trafiquants de drogues et d’armes. Bâchir n’avait pas de pitié quand il était convaincu du bien-fondé de sa décision. Quitte à se donner en spectacle, à susciter tantôt le malaise, tantôt de l’amusement. Par exemple, il fit savoir un jour que les populations et les bandits ne devaient pas être surpris de le voir personnellement dans les rues de N’Djaména à des heures très tardives pour veiller à la sécurité de ses concitoyens. Du bluff peut-être, des « bâchirades » évidemment. Ce Bâchir là manquera à tout le mode. Y compris à ses détracteurs. Aux journalistes en premier qui n’auront peut-être plus du piment à mettre dans leurs journaux. A ses détracteurs qui n’auront plus en face l’increvable baroudeur qui leur permettait de discourir à longueur de journées pour critiquer ses méthodes (à cet effet, votre journal a reçu toute une pile d’articles d’opinion) et, peut-être même, à ses propres collègues du gouvernement qui le regardaient faire avec curiosité. Tous – ou presque tous – se régalaient de ses « bâchirades ». Bâchir, tu vas leur manquer. Bâchir, reviens vite !