mardi 2 avril 2013

Idriss Déby, nouveau patron de l’Afrique Centrale ?

Depuis la mort de l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba, la sous-région Afrique Centrale se cherche toujours un leader. Mais, il apparait de plus en que le président tchadien, Idriss Déby Itno, est en train d’endosser le costume du feu Omar. C’est du moins l’impression qui se dégage des récents événements en République Centrafricaine. En effet, pendant les négociations entre la Séléka et l’ancien gouvernement de François Bozizé, le Tchad a joué un rôle de premier plan. Selon des indiscrétions, l’influence de Déby aura été décisive pour convaincre Bozizé de faire des concessions. Par exemple, de renoncer à un nouveau mandat en 2016. En outre, il faut bien dire que les hommes de François Djotodia ne seraient probablement pas entrés dans la capitale du pays si les soldats tchadiens et, plus largement, ceux de la FOMAC s’y étaient fermement opposés. Selon RFI, « Quand la Seleka a lancé sa première offensive sur Bangui, en décembre, les militaires tchadiens étaient intervenus. Principe de précaution, Ndjamena soupçonnait Michel Djotodia d'entretenir de bonnes relations avec la rébellion tchadienne. Mais dès janvier, le régime tchadien avait obtenu des chefs de la Seleka l'assurance que Bangui ne deviendrait pas la base arrière des opposants à Idriss Déby. Ce qui explique aussi pourquoi cette fois, les militaires tchadiens sont restés l'arme au pied ». Qui a donc décidé de lâcher Bozizé ? Certains observateurs, peut-être un peu trop obnubilés par le rôle historique de la France en Afrique, ont tôt fait d’y voir la main des autorités de Paris. Mais, objectivement, qui mieux que Déby, parrain reconnu de Bozizé depuis 2003, aurait pu influencer de façon décisive le cours des événements ? Pas l’Afrique du Sud en tout cas. Les tentations hégémoniques de Jacob Zuma (qui a réussi à imposer son ex-épouse à la présidence de la Commission de l’Union Africaine) et le déploiement des troupes sud-africaines à Bangui, n’a rien fait d’autre que d’irriter Déby et certains de ses pairs d’Afrique centrale. François Bozizé a commis l’irréparable erreur de croire que l’Afrique du Sud avait bétonné son pouvoir. Il en sort humilié, Jacob Zuma en sort fragilisé et, c’est Déby qui peut trinquer. En effet, plusieurs analystes politiques de l’Afrique centrale observent que le président tchadien vient de montrer qu’il avait l’étoffe pour assumer le vide laissé par Omar Bongo. En tout cas, voici ce que pense le Camerounais Shanda Tonme, écrivain et éditorialiste. « Je constate que c'est le Tchad qui joue les premiers rôles dans la sous région et qui projette une influence décisive sur les grandes questions. Nous (Cameroun, Ndlr) sommes totalement absents. Non seulement nous ne disposons plus de moyens logistiques conséquents pour un tel rôle, équipements militaires, troupes entraînés et bien équipés, stratèges conséquents, mais plus grave, la volonté humaine et psychologique est absente ». De fait, il faut dire que tout cela n’est pas pour déplaire aux grandes puissances. Au moment où les Etats s’émancipent de plus en plus, les grandes puissances ont besoin des blocs régionaux qui soient assez fédérateurs et représentatifs. Quand ils y trouvent des interlocuteurs, il leur est plus facile d’agir discrètement. Sans heurter les sensibilités nationalistes qui peuvent se manifester ça et là. Un schéma parfait pour les autorités françaises qui n’ont plus d’autre choix que d’afficher – ne sait-que par convenance – leur volonté d’en finir avec la françafrique. Heureuse coïncidence de l’histoire, au-même moment, le Tchad est en train de réaliser des prouesses militaires au Mali. Ce qui ne fait rien d’autre que renforcer son prestige diplomatique. Déby peut-il en être fier ? Oui évidemment ! Le Tchad s’affirme de plus en plus comme une puissance en Afrique. Et améliore son image, laissant derrière lui les tristes souvenirs d’un pays chroniquement en guerre, avec son cortège de morts. D’un point de vue personnel, Déby devient sans aucun doute un interlocuteur privilégié des grandes puissances en Afrique centrale. A l’image de Blaise Compaoré en Afrique de l’Ouest. Le président tchadien peut donc envisager le fait que son pouvoir sera plus stable. Mais, pour cela, il faudra aussi qu’il serve lui-même d’exemple car, c’est tout le monde qui va désormais l’observer. Tout un challenge !

mercredi 27 février 2013

Bâchir, reviens vite !

Le président de la République, Idriss Déby Itno, a décidé de se débarrasser de son ministre en charge de la sécurité publique et de l’Immigration : Ahmat Mahamat Bâchir. Cette décision, ayant abouti à un léger réaménagement du gouvernement, découle d’une autre : la suspension de l’ensemble de la police dans le but de procéder au toilettage de son personnel. Même si la suspension de la police a été décidée par un acte présidentiel (il ne pouvait en être autrement pour un acte d’une telle gravité), il est extrêmement difficile de ne pas y voir le touche personnelle de ce ministre pas comme les autres. C’est certain, le « superflic » a joué un rôle dans cette affaire. Savait-il seulement qu’il serait emporté par la bourrasque ? Probablement pas ! L’increvable baroudeur, dans les colonnes de votre journal, ne se privait pas, quelques jours seulement avant sa chute, à mettre en garde policiers et criminels du 3ème arrondissement. Il faut reconnaitre que ce personnage atypique manquera au décor du gouvernement. Tant son style, ses méthodes et son bagout étaient des plus singuliers. Avec son verbe tranchant et brutal, adepte des méthodes spectaculaires, toujours à l’affût des coups d’éclat et ne reculant jamais devant la levée de boucliers que pouvait susciter ses décisions, Bâchir était devenu l’homme de scène du régime Déby. Le tenait-on en affection ou, le haïssait-on vraiment ? Le temps le dira. Toujours est-il que dans le décor froid, raide et protocolaire qui est celui de la très haute administration, Bâchir a laissé son emprunte. A N’Djaména, c’est quasiment chacun qui avait un qualificatif pour lui. « Le fou du roi », le « superflic », le « supervoyou », etc. Hommes politiques, journalistes, détracteurs, citoyens ordinaires ; c’est chacun qui s’amusait de ses « bâchirades ». Eh oui ! Il aura même fallu trouver un néologisme qui puisse coller à la peau de l’homme à la barbiche poivre et sel. Quand il ne traitait pas ses administrés de « voyous », quand il n’annonçait pas le « châtiment » de telles ou telles autres catégories de personnes qui s’opposaient à ses mesures, quand il ne menaçait pas les adversaires du président Déby de le « trouver sur son chemin », il trouvait toujours les mots, avec un remarquable sens de la formule, pour provoquer les « bandits » et autres mécontents. Outre le verbe mordant dont il avait seul le secret, Bâchir savait se mettre sous les projecteurs de l’actualité en prenant des mesures, souvent impopulaires, qui selon lui étaient salutaires. Il s’obstinait à penser que le port du casque devait être obligatoire pour les passagers des clandos, quand bien même des maladies comme la teigne pouvaient se transmettre de passagers en passagers. Bâchir s’obstinait à penser que les blanchisseurs de fortune - enfants déshérités pour la plupart – qui faisaient la lessive autour du fleuve Chari et Logone, n’avaient qu’à mieux s’organiser. En ce qui concerne les pêcheurs qui menaient leurs activités dans le fleuve Chari, ils les qualifiaient souvent de trafiquants de drogues et d’armes. Bâchir n’avait pas de pitié quand il était convaincu du bien-fondé de sa décision. Quitte à se donner en spectacle, à susciter tantôt le malaise, tantôt de l’amusement. Par exemple, il fit savoir un jour que les populations et les bandits ne devaient pas être surpris de le voir personnellement dans les rues de N’Djaména à des heures très tardives pour veiller à la sécurité de ses concitoyens. Du bluff peut-être, des « bâchirades » évidemment. Ce Bâchir là manquera à tout le mode. Y compris à ses détracteurs. Aux journalistes en premier qui n’auront peut-être plus du piment à mettre dans leurs journaux. A ses détracteurs qui n’auront plus en face l’increvable baroudeur qui leur permettait de discourir à longueur de journées pour critiquer ses méthodes (à cet effet, votre journal a reçu toute une pile d’articles d’opinion) et, peut-être même, à ses propres collègues du gouvernement qui le regardaient faire avec curiosité. Tous – ou presque tous – se régalaient de ses « bâchirades ». Bâchir, tu vas leur manquer. Bâchir, reviens vite !

mardi 12 février 2013

Paul Biya a raison : il n’est pas si fatigué que ça !

En marge de l’audience de travail que lui a accordée le président français, François Hollande, le 30 janvier dernier ; répondant à la question d’une journaliste française qui lui demandait s’il n’était fatigué au point de passer la main, Paul Biya a répondu : « Ai-je l’air si fatigué ? » Eh oui ! Cette déclaration, apparemment anodine, n’est pourtant pas dénuée de sens. Quand un homme de 80 ans, cumulant une trentaine d’années au somment d’un pays de millions de personnes et, totalisant plus d’un demi-siècle dans la très haute administration, vient à penser qu’il n’est pas assez fatigué pour prendre sa retraite, ça donne à réfléchir. En effet, celui que le journal français « Libération » appelait « le roi fainéant » a toutes les raisons de ne pas être fatigué ! Le secret de sa jeunesse éternelle : utiliser le pouvoir pour rester au pouvoir. Chez cet homme, la notion du pouvoir n’est pas la même que chez les autres chefs d’Etat. Paul Biya a montré qu’il avait une conception libidinale, « spectrale » au sens du politologue Achille Mbembe ; bref, une conception jouissive du pouvoir. Pendant qu’en France par exemple, le président de la République tient un conseil des ministres toutes les semaines, Paul Biya peut passer un an ou deux ans et plus sans rencontrer ses ministres. Grand amateur des « courts séjours privés » dans les hôtels de luxe, séances de thalassothérapie, interminables séjours en Europe (plus d’une centaine chaque année) ; Paul Biya travaille peu ou pas ! Comment donc serait-il assommé par 30 ans de charge présidentielle. Même l’ancien président français, Jacques Chirac, s’étonnait des méthodes de cet éternel vacancier qui gouverne le Cameroun. « Comment peut-il gouverner un pays aussi complexe que le Cameroun en s’y consacrant ausssi peu » s’interrogeait Chirac. Eh bien, c’est simple : Paul Biya a placé l’avion Cameroun en mode automatique. Ses collaborateurs gèrent les dossiers comme ils veulent. Sans aucun contrôle strict de sa part. Avec les conséquences que cela entraine dans les détournements de fonds. C’est ainsi que, voyageant sans cesse entre son village natal et la Suisse, il peut laisser un dossier dans son tiroir pendant près d’un an. Conséquence, il peut lui arriver de signer des décrets nommant des gens morts depuis des mois. C’est ce qui est arrivé le 18 janvier 2011 quand il a nommé un certain Njutapmwoui Ousmanou, secrétaire d’administration principal, au poste de sous-préfet de l’arrondissement du Nord Makombé, alors que celui-ci était décédé depuis le le 11 mai 2010. Ce qui signifie que le projet de décret est arrivé à la présidence de la République depuis près…d’un an ! Ailleurs, il n’y a qu’à regarder les apparences physiques des chefs d’Etat pour comprendre que la « charge présidentielle » n’est pas une partie de plaisir. Traits tirés, visage lézardé de rides, mine austère ; Barack Obama et Nicolas Sarkozy ont vieilli après seulement un mandat. Malgré son sourire éternellement épinglé sur le visage, malgré ce visage parfois poupin qu’il affiche face aux médias, Barack Obama n’a plus la même fraicheur qu’il y a cinq ans. Normal, quand on est régulièrement obligé d’interrompre ses rares périodes de vacances pour répondre aux urgences de la Nation, le poids de la responsabilité impacte sur les reflets du corps humain. Oui, Barack Obama a suivi de près l’évolution de l’ouragan Sandy pendant que Paul Biya était à l’étranger au moment où les inondations s’abattaient sur le grand Nord. Et quand il y a fait un tour, c’était sur du tapis rouge. Pour quelques heures ! Oui, Barack Obama s’est ému – à chaudes larmes – de l’assassinat d’écoliers dans son pays par un homme qui a usé de son arme à feu pour terroriser une école. Il ne s’en est pas qu’ému. Il a lancé un débat national sur l’usage des armes à feu. Pendant ce temps, au Cameroun, une dizaine de jeunes filles étaient assassinés sans que Paul Biya ne dise un seul mot sur la question ! Oui, pendant que Barack Obama suivait la situation du Mali de très près, au point d’envoyer de la logistique pour aider à traquer les islamistes dans le Nord du pays, pendant que plusieurs chefs d’Etat de l’Union Africaine se réunissaient à Addis-Abeba pour débattre de la situation, Paul Biya se rendait en France pour faire des photo-souvenirs avec François Hollande, des politiques et des hommes d’affaires français. D’ailleurs, François Hollande a laissé son hôte à ses plaisirs parisiens pour aller toucher du doigt, la situation au pays d’Amadou Toumani Touré. Oui, Paul Biya a raison. Il n’a pas l’air si fatigué que ça ! Comment pourrait-il en être autrement quand un président français peut parcourir, en un seul mandat, plus de capitales africaines que Paul Biya ne l’a fait en 30 ans de pouvoir ? Comment peut-il en être autrement quand, dans son propre pays, on n’a pas parcouru plus de 20 localités pour un pays qui compte 360 arrondissements ? Oui, Paul Biya n’est pas fatigué. Il ne gouverne pas. Il se prélasse dans les plaisirs du pouvoir. C’est ce qui explique que l’essentiel de ses anciens secrétaires généraux à la présidence de la République aient visé son fauteuil. Se demandant pourquoi ils ne méritaient pas d’y être les occupants alors que tout le boulot présidentiel leur incombait. A méditer…

jeudi 31 janvier 2013

Abandonner les poursuites et récupérer les fonds détournés : quels enjeux ?

L’Etat du Cameroun a donc décidé d’abandonner les poursuites contre Yves Michel Fotso dans le cadre de l’affaire portant sur le détournement de 650 millions de francs CFA à l’Autorité aéronautique civile du Cameroun. Cette décision s’adosse sur l'article 18 de la loi créant le Tribunal criminel spécial (TCS) qui stipule que: « en cas de restitution du corps du délit, le procureur général près le tribunal peut, sur autorisation écrite du ministre chargé de la Justice, arrêter les poursuites engagées avant la saisine de la juridiction de jugement ». Certes, certains juristes (notamment les avocats de Roger Ntongo Onguéné, co-accusé dans cette affaire) ont engagé la polémique en affirmant que, selon l’alinéa 3 de l’article 18 de la loi du 16 juillet 2012 modifiant et complétant celle du 14 décembre 2011 créant le Tribunal Criminel Spécial, les modalités de restitution du corps du délit sont fixées par voie réglementaire. Or, ce texte n’a toujours pas été pris. Il reste que la décision du TCS est un précédent qui fera date dans l’histoire des affaires judiciaires au Cameroun. Mais au-delà, il faut déjà s’interroger sur les enjeux de cette jurisprudence. Il convient d’abord de rappeler qu’Yves Michel Fotso reste en prison puisqu’il est actuellement sous le coup d’une condamnation à 25 ans de prison ferme dans le cadre de l’affaire de l’avion présidentiel (BBJET 2). La décision du TCS n’a donc valeur symbolique pour lui car, même si la justice l’avait à nouveau condamné dans cette affaire, elle n’aurait fait que « tirer sur le corbillard ». Mais, cette symbolique peut être source d’espoir pour ceux qui, comme Titus Edzoa, ont vu leur peine rallongée à l’issue d’un nouveau procès survenant précisément au terme de leur précédente peine. Et si Yves Michel Fotso remboursait aussi dans l’affaire BBJET2, recouvrerait-il la liberté ? C’est la question que bon nombre d’observateurs se posent. Il est vrai, ce serait l’une des exceptions (il y en a eu d’autres impliquant des personnalités de moindre carrure) de cette opération dite Epervier qui n’a jamais eu de pitié pour ses « clients » depuis son déclenchement. En attendant de voir ce qui se passera, l’on peut déjà prospecter deux conclusions : Si YMF rembourse et que d’autres procédures sont enclenchées contre lui, ce sera la preuve ultime que cette opération ne vise qu’à broyer ses clients. Alors, les autres personnalités privées de liberté ne rembourseront plus. La jurisprudence « remboursement contre abandon des poursuites » n’aura servi à rien. Et l’opération Epervier ne ramènera pas grand-chose dans les caisses de l’Etat. Rappelons que la décision de YMF de rembourser 230 millions de francs CFA a permis de montrer que cette opération pouvait générer des milliards de francs CFA. Tant il y a des milliardaires derrière les barreaux ! Si YMF (ou une autre personnalité) venait à recouvrer la liberté après avoir remboursé, cela inciterait plusieurs autres personnalités en détention à faire pareil. Sous réserve de ceux qui, convaincus de leur innocence et refusant de se présenter à l’opinion comme des voleurs reconnaissant publiquement leurs forfaits et donc compromettant toute carrière politique, ne se prêterait pas au jeu. Il faut néanmoins dire que cela pourrait avoir un effet beaucoup moins reluisant. Certains compatriotes, assumant des charges publiques pourraient désormais être tenté de siphonner les caisses de l’Etat pour investir dans des affaires juteuses afin de rembourser plus tard en cas de démêlées judiciaires. Là aussi, l’on peut déjà anticiper sur ce type de comportements en infligeant des amendes lourdes et des taux d’intérêt annuels sur les montants détournés à compter de la date à laquelle le forfait a été commis. Donc, pas d’inquiétudes ! D’ailleurs, s’il est vrai qu’YMF est un homme d’affaires et que ses activités font toujours florès alors même qu’il est en détention, il n’est pas sûr que tous les détourneurs aient les moyens de souvent rembourser les sommes qui leur seront imputées. Certains ont eu des trains de vie stratosphériques et n’ont peut-être plus assez de moyens pour faire comme le fils du milliardaire de Bandjoun. Si Roger Ntongo Onguéné avait les moyens de rembourser, il n’aurait pas cherché à se défausser sur YMF comme on a pu le voir le 17 janvier dernier. Il aurait proposé de rembourser pour mettre un terme à cette affaire. Pour finir, comment ne pas s’interroger sur les raisons qui pourraient amener le chef de l’Etat (c’est bien lui l’acteur principal du processus) à relaxer toutes ces personnalités au cas où elles venaient à rembourser ? Surtout après s’être montré impitoyable vis-à-vis de certains de ses anciens collaborateurs comme Titus Edzoa ? Il y a à ce propos plusieurs hypothèses : certains allèguent que, au soir de sa vie, conscient des dangers encourus par sa famille du fait des nombreux ennemis qu’il aura laissé derrière lui, le chef de l’Etat aurait décidé de desserrer l’étau en trouvant une formule permettant à ces ennemis de recouvrer la liberté tout en confessant publiquement leurs pêchés (rembourser et donc, avouer). D’autre hypothèses insinuent que, machiavélique comme à son habitude, le chef de l’Etat a décidé d’en finir avec ses collaborateurs de la manière la plus espiègle : en admettant qu’ils sont des voleurs, les ambitieux d’hier vont compromettre leurs carrières politiques pour toujours. De toutes les façons, même libres, la société camerounaise ne posera plus jamais le même regard sur les Polycarpe Abah Abah, Jean Marie Atangana Mebara et autres. D’autres hypothèses évoquent aussi que, à l’écoute des Camerounais qui ne croient plus en cette opération parce qu’elle ne ramène rien ans les caisses de l’Etat, et après l’échec des missions Jacques Vergès et Doh Collins qui n’ont rien pu trouver dans les banques européennes, Paul Biya a décidé de changer le fusil d’épaule. Enfin, d’autres hypothèses arguent que, ayant subi les pressions de certaines puissances étrangères (avec la France qui a ouvertement exprimé sa déception après la seconde condamnation de Thierry Michel Atangana) et, conscient de l’impopularité croissante de cette opération auprès de certaines communautés, le locataire d’Etoudi n’a pas voulu perdre la face en cédant sur des cas particuliers. Il a donc trouvé cette solution judiciaire dans cette opération qui réserve encore peut-être d’autres surprises. Ce qui est certain, c’est que la lutte contre la corruption telle que menée jusqu’ici n’a été qu’un échec retentissant : les détournements de fonds publics se poursuivent. Comment pourrait-il en être autrement de la part d’un régime qui a bâti sa survie sur la corruption et l’inertie ?

mercredi 30 janvier 2013

Mon article paru dans le plus grand quotidien suisse francophone

Série de meurtres à forts relents mystiques Par Mohamadou Houmfa/InfoSud yaoundé Une série de meurtres à forts relents mystiques ont eu lieu à Yaoundé, au Cameroun Depuis deux mois, des cadavres mutilés de jeunes femmes ont été découverts à Yaoundé. Les commanditaires de ces crimes, sur requête de leur marabout, seraient proches du pouvoir «A distance, le cadavre de la jeune fille sentait déjà mauvais. Sa tête était défoncée, les policiers nous ont dit que son cerveau avait été extrait.» A coup sûr, Laurent Atangana, un riverain de Mimboman, un quartier populaire de Yaoundé, la capitale camerounaise, se souviendra du 10 janvier 2013. Avec des voisins, ils ont découvert près de l’école maternelle le corps d’une adolescente, affreusement mutilé. Et depuis deux mois, ils ne sont pas les seuls à se trouver confrontés à ces visions d’horreur dans la «ville aux sept collines», où s’entassent près de 2,5 millions de personnes. Pas une semaine ne passe sans que le corps d’une femme, âgée de 15 à 30 ans selon les légistes, ne soit découvert. Souvent étudiantes, leurs cadavres en état de décomposition sont retrouvés en pleine broussaille, les jambes écartées, certains avec les orbites et le crâne défoncés, d’autres avec les parties génitales sectionnées… Une série de meurtres qui a obligé les autorités à sortir de leur habituelle réserve. «Entre le 2 décembre 2012 et le 10 janvier 2013, une vague de crimes spectaculaires a été commise dans l’arrondissement de Yaoundé 4», a reconnu Issa Tchiroma, le ministre de la Communication. Pour lire la suite, http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/f8a05d0c-6a4f-11e2-844b-40b04c431c46/S%C3%A9rie_de_meurtres_%C3%A0_forts_relents_mystiques

mardi 27 novembre 2012

Jacques Fame Ndongo ou la nouvelle rouerie d'un esclave lettré

Il a beau être Professeur agrégé. Il a beau manier la langue française avec une élégance achevée. Il n'est pas pauvre. Il occupe des hautes fonctions dans le dispositif du pouvoir. Pourtant, l'actuel ministre de l'Enseignement supérieur n'en est pas moins resté un bouffon. Un bouffon de luxe assurément. Celui-là même qui se définissait - en y mêlant crânement l'ensemble de ses collègues du gouvernement - comme une "créature" voire "un esclave" de Paul Biya vient encore de se fendre d'une sortie médiatique. Jamais à court d'inspiration chaque fois que son roi est écorché par des critiques, le Professeur le plus docte de la scène publique camerounaise (loin devant Mathias Eric Owona Nguini) a pris sa plume pour défendre... Franck Biya ! Dans cette Républiquette de rentiers où les sangsues et politicards papillonnent autour d'un président généreusement dépensier, d'un président qui donne le titre de ministres aux fonctionnaires pour leur faire plaisir, seuls les naïfs commettent encore la "bêtise" d'avoir honte et de défendre un honneur. C'est sans doute pourquoi l'universitaire illuminé qui déclare en privé que le RDPC gardera encore le pouvoir pendant au moins 50 ans, a cru bon, une fois de plus, de pondre une tribune dans la pravda nationale. Pour expliquer que "Mr Franck Biya a choisi un itinéraire admirable". S'agit-il d'un coup de sang, d'un accès de folie et d'une pathologie rare non encore découverte par les psychiatres ? On s'interroge. En quoi un ministre de l'Enseignement supérieur ou même un Secrétaire national à la Communication du parti au pouvoir serait concerné par des dénonciations de népotisme et de détournements de fonds publics portées contre le fils d'un chef de l’État. Surtout que ce dernier n'est ni membre du gouvernement et n'a jamais affiché un certain militantisme dans le parti au pouvoir. On a beau savoir que les ministres du Renouveau sont prêts à tout pour conserver leurs postes. On n'en reste pas moins surpris de savoir qu'ils sont capables de servir jusque dans la lingerie de la famille présidentielle. Oui ! Le Professeur veut laver le fils du chef de l'Etat de tous les soupçons. Quitte à présenter descendre dans les égouts de l'usurpation intellectuelle pour citer un journaliste "socio-politiste" qui s'est récemment érigé en expert financier. Au secours ! On se serait bien amusé du spectacle que nous offre gratuitement et régulièrement cette coterie de ministrons qui savent plus chanter les louanges du roi que s'occuper des problèmes pour lesquels ils sont nommés Eh oui ! Au lieu d'équiper des laboratoires, de construire des cités universitaires, de faire le suivi d'un système LMD moribond, de faire le suivi des étudiants étrangers parfois chassés parce que le gouvernement camerounais n'a pas payer les bourses; bref, au lieu de remplir la mission d'un ministre de l'Enseignement supérieur, le Professeur préfère cavaler entre la poésie et l'adoration. On peut le comprendre. Quand on ne sait rien faire d'autre que disserter, la démangeaison intellectuelle pousse parfois au délire philosophal. Normal donc que, en ce 21ème siècle où le Camerounais de Yaoundé demande surtout que l'eau de son robinet soit potable, le Professeur fouine dans la mythologie et/ou la préhistoire. Entre ciel et terre, fantasmes et sorcellerie, le Professeur nous balade ennuyeusement dans le "tonneau des Danaïdes", le "pandémonium", les " «Saints» descendus tout droit du cie" "l'Olympe" , "la pierre philosophale, "le Saint Graal", "la caverne ténébreuse dont Platon nous apprend qu'elle est peuplée d'ombres, d'illusions et de ténèbres, la lumière et la vérité brillant plutôt au-dessus de la caverne." Chacun se fera sa propre appréciation. Mais, repu de l'impôt des Camerounais et déconnecté de cette société qui étouffe sous le poids d'un régime incompétent et répressif, Jacques Fame Ndongo a choisi de déféquer son trop plein dans l'espace public. Oui, il avoue que travailler dans la fonction publique est un "nid douillet". Voici ce qu'il écrit : "M. Franck Biya, un jeune homme paisible qui, après une solide formation professionnelle et universitaire, s'est lancé avec pugnacité et perspicacité dans le secteur privé où compétitivité rime avec inventivité, ténacité et, parfois férocité. Et ce ne sont pas les nids douillets qui lui auraient fait défaut dans l'administration publique ou parapublique" . Voilà un aveu ! Comparer l'administration publique camerounaise à un "nid douillet" ou de "niche à sous", voilà qui est bien osé et qui condamne par avance le ministre à la sévérité du jugement populaire ! Heureusement, notre ministre a un gendarme et une ceinture sécuritaire qui le protègent du peuple camerounais. Le comble, c'est quand M. Fame Ndongo s'érige en magistrat alors même qu'une bonne partie de l'opinion ne demande qu'à faire la lumière sur cette fumeuse transaction impliquant Franck Biya. "Il n'est point jusqu'à quelques adversaires du Renouveau National qui n'aient tendance à pousser l'incongruité jusqu'à diaboliser outrancièrement ceux qui, loin des affres de la politique politicienne, et riches de leurs seuls talents et de leur probité congénitale, mènent une existence paisible et honnête. M. Franck Biya est de ces Camerounais-là qui sont plus nombreux qu'il n'y parait". Pour Fame Ndongo, le fils du chef de l’État est donc innocent. Point barre. Plus grave, il demande sournoisement à la Justice de ne point s'intéresser à l'affaire. "Laissons donc M. Franck Biya tranquille. Il ne demande qu'à travailler, dans la paix et l'amour de la Patrie, comme tout citoyen camerounais". Ainsi donc, il y a des citoyens qu'on doit "laisser tranquille" et d'autres qu'on doit juger. Il n'est interdit à personne à faire du lèche-cul. C'est aussi le droit de chaque esclave de glorifier son roi et le fils de son roi. C'est donc le droit de Fame Ndongo de nous servir une hagiographie sur le fils de son roi. Mais, que de temps et d'énergie à raboter l'image de quelqu'un qui ne s'est même pas (en tout cas, pour le moment), gêner de donner sa version des faits. Il y a encore de la place dans les amphithéâtres. A défaut de faire son travail de ministre de l'Enseignement supérieur, Fame Ndongo a le loisir de reprendre la craie. Il y a beaucoup de Camerounais qui seraient plus utiles au poste de Minesup. Ses monologues lassants - qu'il est très souvent le seul à comprendre - n'auront aucune emprise sur l'histoire. Quand viendra le temps, il faut même craindre que le jugement de l'histoire s'en serve comme preuves. En attendant, des lourds soupçons pèsent toujours sur Franck Biya qui ne pourra éternellement bénéficier de la protection de son président de père.

dimanche 29 juillet 2012

TOUT QUE VOUS VOULEZ SAVOIR SUR L'AFFAIRE MARAFA (PREMIÈRE PARTIE)

Arrivée de Marafa Hamidou Yaya au tribunal le 24 juillet 2012 sous forte escorte Qui a décidé de l'achat de l'avion présidentiel ? PAUL BIYA Qui coordonnait les réunions ? MARAFA HAMIDOU YAYA jusqu'en 2002 Quels étaient les autres acteurs clés impliqués dès le départ ? Bénae Mpecke (sécurité présidentielle), Fotso (Camair), Meva'a (Minfi) Moudiki (SNH) Pourquoi c'est la Camair et non l’État du Cameroun qui a procédé à l'achat ? Parce que les bailleurs de fond étaient opposés à cet achat. Quelle conséquence ? Il fallait, le moins possible, laisser de traces écrites pour éviter impliquant formellement le gouvernement dans la transaction. Quelle était l'option proposée par Yves Michel Fotso ? Faire du leasing c.a.d Louer un avion de boeing sans en être propriétaire. L'option a été rejetée unanimement. Quelle a été l'option retenue ? Acheter un avion neuf Boeing 767 BBJ-2 A quel montant ? 31 millions de dollars US répartis de cette façon : 2 millions pour le « deposit » exigé pour la commande de l’avion et 29 millions à GIA International Inc Corporation pour versement au constructeur Boeing. Pourquoi la SNH n'a pas payé et, est passé par les banques ? La SNH n'est pas une banque. C'est une entreprise comme une autre qui dispose des comptes bancaires et, quand elle doit faire des transactions, elle effectue un mouvement d'écritures à partir de ses comptes. Comment se sont passés les mouvements financiers ? la CBC, Commercial Bank of Cameroon fera une avance de 2 millions de dollars pour le paiement du “déposit” exigé à la commande de l’appareil. Quand la SNH va-t-elle débloquer l'argent ? Le 21 août 2001, Michel Meva'a Meboutou adresse une lettre à Moudiki Elame Adolphe Moïse, patron de la SNH. Il lui demande « de bien vouloir avancer au Trésor public la somme de 31 millions de dollars en vue de la commande d’un Boeing 737 BBJ-2. Cette somme sera versée dans les conditions suivantes : a) la CBC, Commercial Bank of Cameroon, 1 milliard cinq cent cinquante millions de francs CFA (2 milliards de dollars) pour couvrir l’avance faite à l’Etat en vue du paiement du “déposit” exigé à la commande de l’appareil ; b) la GIA International Inc. Corporation, 29 millions de dollars (compte Nº 28 794 10 492, ABA N° 323 070 380, Bank Of America MT-SA 222 W Main Street Medford Oregon 97501 USA) pour versement au constructeur Boeing… » Quelle a été l'implication de Marafa Hamidou Yaya ? Marafa coordonnait l'affaire. C'est lui qui , selon Meva'a, lui a donné le numéro de compte de GIA par télépéhone. Mais, au moment de la décision de paiement, Meva'a va outrepasser Marafa puisqu'il a reçu d'autres instructions de la part des personnes plus importantes que Marafa (je refuse de répondre à cette question, dixit Meva'a au tribunal). D'ailleurs, Marafa n'a été informé du paiement que 15 jours après. C'est Fotso qui l'a informé. Le paiement a-t-il été sécurisé ? Marafa avait proposé une lettre de crédit "Standard letter of crédit. Un mode de payement sécurisé". Mais Meva'a a refusé. Il explique avoir refusé parce que cette méthode prendrait du temps et que, pendant ce temps, l'avion resterait la propriété de boeing. Donc, comme ce ministre (oncle de Biya) était tellement pressé de faire rentrer l'avion dans le giron national, il a préféré prendre des risques avec l'argent du pétrole camerounais. Pourquoi impliquer un intermédiaire entre la Camair et Boeing (en l’occurrence GIA) ? Comme l'Etat du Cameroun avançait masqué et que les comptes de la Camair n'étaient pas florissants, il a fallu trouver un interlocuteur auprès de Boeing qui bénéficiait d'une bonne santé financière. GIA opérait dans le domaine de l'aéronautique. Donc, il semblait un interlocuteur crédible. GIA International Inc corporation était-elle une entreprise fiable ? Il y a une certitude, le flou plane autour de la crédibilité cette entreprise car même Bank Of America, où GIA avait logé ses comptes, s'est alarmé des sommes décaissées au profit de cette entreprise dans l'affaire de l'acquisition de l'avion. Cette entreprise n'avait pas manipulé un tel montant depuis sa création. En sait-on davantage sur les responsables de GIA ? On ne retrouve, pour le moment, que des noms des expatriés. L'on retrouve surtout le nom d'un Américain, Russel Meek, le chairman de GIA. Il y a aussi un certain Fernando Gomez-Mazuera, Project Director de GIA International. L'on peut tout de même indiquer que Yves Michel Fosto a été présenté comme l'un des gestionnaires de l'entreprise. L'avion a-t-il été construit ? Un avion a été présenté mais on ne sait pas s'il était vraiment destiné à la Camair (ou plus exactement au président de la République). Du 08 au 12/09/2001, une équipe de l’Etat-major particulier de président de la république, composée du colonel Justin Mitlassou et du Lt-Colonel Ndongue Charles, partie pour visiter l’avion en construction et accueillie par Russel Meek, March Goodrich de Boeing et Yves Michel Fotso, a constaté la fabrication du BBJ-2 à Seattle dans l’Etat de Washington. Alertés par Russel Meek que l’avion serait livré entre le 25 et le 29 Mars 2002, les deux éléments de l’Etat-major sont repartis en mission aux Etats-Unis pour prendre livraison du BBJ-2 à Georgetown près de Baltimore. Pourquoi le vol de certification n'a pas eu lieu et l'avion n'a pas été livré ? Le vol de certification du BBJ-2, prévu le 05/04/2002, n’a jamais eu lieu. Au moment de procéder au vol, le chairman de GIA et le représentant de Boeing se sont retirés en aparté. Selon des sources dignes de foi, il y a une tentative de conciliabule qui n'a pas marché. Conséquence, le représentant de Boeing s'est retiré. Conséquence, les chargés de mission du gouvernement camerounais sont revenus bredouilles à Yaoundé, avec pour seules choses en main une clé, et la maquette du BBJ-2 qu’ils n’ont plus jamais revu. Dépêché au siège de Boeing à Seattle en avril 2003, Jérôme Mendouga, ex-ambassadeur du Cameroun aux USA, constatera que Boeing n'avait reçu que 2 millions de dollars. Que sait Marafa Hamidou Yaya de la non-livraison de l'avion ? A l'évidence, Marafa ne suivait plus que de loin, la suite de l'opération. Il écrit, dans sa troisième lettre : "A mon départ du secrétariat général de la présidence de la République le 24 août 2002 [...]le contrat entre CAMAIR et GIA-INTERNATIONAL aurait été rompu et notre pays aurait engagé des poursuites aux Etats-Unis à l'encontre de GIA INTERNATIONAL; poursuites ayant abouti à un jugement en août 2006 à Portland, dans la région de l'Oregon, par lequel le Cameroun aurait été indemnisé". Une autre page de l'affaire s'ouvre avec l'arrivée de Jean Marie Atangana Mebara au poste de secrétaire général de la présidence de la République. Ils ont alors décidé de louer un avion "L'Albatros" qui a été victime d'une panne technique lors de son vol inaugural. Le président de la République était à bord... A SUIVRE (je développerai d'autres questions autour de cette affaire dans les prochains jours). NB : Les lecteurs qui ont des questions peuvent me les adresser en commentant l'article sur mon blog (mohamadouhoumfa.blogspot.com)